Moonfleet por Sckorecki

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Moonfleet

Par Louis SKORECKI

Ce film n'est pas seulement une étape au pays de la cinéphilie. C'est plus que ça, beaucoup plus. C'est de là qu'on part pour ne plus revenir. Celui qui n'en revient pas reste en exil, en état d'enfance, en état d'émerveillement. Celui qui en revient n'est plus le même. Il a en trop vu pour coïncider de nouveau avec ce qu'il a été. Il décolle peu à peu de lui-même et les passants imprudents découvrent des morceaux de lui jetés au vent, des fragments de peau de cinéphile qui viennent s'accrocher à la lune comme autant de mots d'amours perdus.

Il s'agit de dire ici comme on peut, avec les pauvres mots dont on dispose, de quoi le cinéma est fait, et de quoi il se défait. Il se défait comme il peut, le cinéma. En 1955, il était déjà foutu. Explosé, bousillé, brisé. Ce n'est pas un hasard si cette année-là Hitchcock passe à la télé avec ses miniatures indestructibles en noir et blanc. Le minimalisme télé hitchcockien emporte tout sur son passage, même le somptueux Cinémascope que Fritz Lang invente pour Moonfleet. Qu'est-ce qu'il disait, Lang, du Scope ? Vous avez oublié, c'est ça ? «Le Cinémascope, c'est bon pour filmer les serpents. Les enterrements, à la rigueur.» Lang savait que Moonfleet enterrait Moonfleet. Il savait que cette leçon de cinéma était une leçon perdue. Il savait que l'exercice n'était profitable que pour celui qui voudrait bien l'oublier. Oui, c'est ça. Oublier l'exercice, oublier la douleur, oublier le cinéma. Et basta.

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