segunda-feira, 2 de março de 2009

Skorecki sur Cocteau

La Belle et la Bête



par Louis SKORECKI

Caroline est folle de Cocteau. Elle avait été amoureuse de Daney, mais quand elle avait compris qu'il aimait les garçons, elle avait reporté son amour sur Cocteau. Il est si beau, disait-elle. Mais lui aussi aimait les garçons, lui faisait remarquer David. Ça ne fait rien, disait-elle, je suis un garçon moi aussi. C'est vrai qu'elle n'était pas coquette, le vent qui faisait rougir ses joues lui suffisait comme maquillage. Caroline et David faisaient la queue devant le Classik, ce vieux cinéma qui fait dancing le week-end. Ils allaient revoir la Belle et la Bête pour la dixième fois au moins. Non, la première, dit David, les autres fois ça ne compte pas, c'était à la télévision. A peine David a-t-il prononcé le mot «télévision» que monsieur Edouard se pointe comme une flèche. Plus rapide que lui, il n'y a pas.

Vous parlez de télé, dit-il d'un ton qui ne souffre aucune repartie, alors que vous allez au cinéma, c'est une véritable hérésie. Pour un couillon comme vous, peut-être, dit David sans mesurer le risque qu'il prend (monsieur Edouard peut tuer un boeuf quand il est en colère), mais pour moi, c'est pareil, j'ai appris le cinéma à la télévision. Tu n'as rien appris, petit con, répond monsieur Edouard, la blancheur si noire de la photo d'Alekan, c'est du gris à la télé. C'est vous qui êtes gris, répond David, je sais régler un poste de télévision, moi. De toute façon, poursuit monsieur Edouard, quand Cocteau fait le poète, c'est comme s'il décorait des assiettes, ça me coupe l'appétit. Pfff, dit David, la Belle et la Bête, c'est du cinéma pur, vous n'y comprenez rien. Question maquillage, je préfère le premier King Kong de 1933, répond monsieur Edouard en levant les yeux au ciel.

La Belle et la Bête, c'est treize ans plus tard, mais c'est treize fois mieux, répond David, vexé. La queue avance, dit Caroline, mais monsieur Edouard est déjà parti.

...

Les Enfants terribles

par Louis SKORECKI

Caroline était folle de Cocteau. Elle avait été amoureuse de Daney, elle le poursuivait sans cesse de ses assiduités. Il voulait bien lui raconter des histoires de cinéma, mais pas plus. Quand elle a compris que Daney aimait plutôt les garçons, elle a reporté son amour sur Cocteau. Il est si beau, si fin, si futé, soupirait-elle. Mais lui aussi aime les garçons, lui disait David. Ça ne fait rien, répondait Caroline, je suis un garçon. Un garçon manqué, tu veux dire, je disais. Mais non, s'offusquait Caroline, je suis un garçon tout ce qu'il y a de réussi. C'est vrai qu'elle n'a aucune coquetterie féminine, ses joues rouges se laissent volontiers mordre par le vent mauvais, c'est tout ce qu'elle supporte comme maquillage. David, Caroline et moi, on faisait la queue devant le Classik, ce vieux cinéma qui fait dancing le week-end. On allait revoir les Enfants terribles, un Cocteau dont je n'étais pas fou mais que Caroline adorait. Si seulement monsieur Edouard était là, disait David, il saurait nous mettre d'accord.

A peine David a-t-il prononcé son nom que monsieur Edouard déboule comme une flèche. Vous allez voir les Enfants terribles, dit-il d'un ton qui ne souffre aucune repartie, inutile de perdre votre temps, c'est nul. Je trouve qu'il exagère mais je préfère passer mon tour. Tu dis n'importe quoi, dit Caroline en le regardant droit dans les yeux. C'en est trop pour monsieur Edouard. Quand Cocteau fait le poète, dit-il à Caroline, c'est comme s'il décorait des assiettes, je n'ai vraiment pas envie de manger dedans. Caroline lui dit que rien que pour Nicole Stéphane et Edouard Dhermitte, le film vaut le coup. Pfff, répond monsieur Edouard, c'est bouclettes et compagnie. Et la mise en scène de Melville ? demande timidement David. Très «qualité française», répond monsieur Edouard. Ça y est, la queue avance, dit Caroline, mais monsieur Edouard est déjà parti.

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